La Maison
Pancrace de Courten

 
La plus élégante des demeures construites par la famille de Courten à Sierre est sans conteste celle édifiée dans la seconde moitié du XVIIIe siècle par Jean-Antoine-Adrien pour son héritier le comte Pancrace.

Ceci n'a rien d'étonnant quand on sait que son constructeur était le dernier colonel du régiment valaisan en France, puis colonel en Espagne. La date de 1769 que porte le balcon au-dessus de la porte d'entrée indique probablement la date d'achèvement de la construction.
L'entrée principale au nord donne sur un spacieux vestibule d'où s'élève un large escalier qui aboutit à une galerie intérieure sur laquelle s'ouvrent les pièces principales de l'étage. Les chambres de réception sont revêtues de boiseries à panneaux gracieusement moulurés. D'élégantes cheminées en marbre en complètent l'ornementation architecturale.

La salle Marine, grand salon qui occupe la partie occidentale de l'étage, est tapissée de toiles peintes qui représentent, au bord de lacs et de rivières fantaisistes, des scènes champêtres où évoluent des paysans, des cavaliers, des chasseurs, etc. Les dessus-de-porte donnent l'image de la maison au XVIIIe siècle, aisément reconnaissable à son toit à la Mansart et son fronton circulaire surmontant l'entrée.

La propriété, qui s'étendait jusqu'au pied de la colline de Goubing, a été coupée par la construction de la ligne de chemin de fer, en 1877. Par héritages successifs, la maison resta dans la famille de Courten jusqu'au début du XXe siècle. Après avoir acquis le rez-de-chaussée en 1904, le préfet Charles de Preux racheta le reste de l'immeuble en 1911 aux héritiers du comte Joseph-Raphaël de Courten, général au service du Saint-Siège. En 2012, la Maison Pancrace de Courten, alors propriété de la fondation Gabrielle de Preux, fut rachetée par la Ville de Sierre.

   

La famille (de) Courten avait été anoblie et s'était enrichie grâce au « service de France » aux XVIIe et XVIIIe siècles : six de ses membres, en effet, avaient commandé le fameux régiment de Courten. Outre les succès militaires et la fortune de la famille, il faut souligner le rôle culturel joué par ces officiers qui rentraient au pays le goût pétri par la fréquentation des cours raffinées qu'ils fréquentaient, en France et en Italie principalement. Ainsi, de retour en Valais, ces patriciens aux goûts artistiques cosmopolites commandaient aux artistes valaisans ou extérieurs des œuvres de style italianisant ou inspirées de celles admirées dans les salons français et piémontais.
Notons enfin que dans le quartier du Bourg se trouvent d'autres maisons construites par l'éminente famille de Courten : le château des Vidomnes, construit en 1490 et hérité grâce au jeu des alliances par Élie de Courten en 1725 ; la maison du gouverneur Antoine de Courten, bâtie en 1553, à la croisée de la route du Simplon et du chemin de Borzuat ; à l'ouest de l'église Sainte-Catherine, la maison construite entre 1636 et 1645 par François de Courten, banneret du dizain de Sierre ; l'actuel Hôtel de Ville, construit en 1658 par Jean-François de Courten ; l'actuelle cure, datant elle aussi du XVIIe siècle, donnée à la municipalité par le comte Louis de Courten, garde suisse à Rome et dernier descendant du grand bailli Antoine, son premier propriétaire.